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Interview — AEF Info, le 8 juin 2020

"Nous avons proposé une croissance de plus de 10 % par an pour les contrats d’apprentissage" — Thierry Teboul, Directeur général de l'Afdas

"Dans la COM (Convention d'objectifs et de moyens), nous avons proposé une croissance de plus de 10 % par an pour les contrats d’apprentissage et de 5 % pour les contrats de professionnalisation pendant trois ans", déclare à AEF info Thierry Teboul, le DG de l’Afdas qui attend le document signé de la DGEFP. Ce dernier met également l’accent sur le conseil RH et l'appui des branches à la certification. Qu’il s’agisse de la culture, du sport ou encore du secteur des loisirs, les champs couverts par l’Afdas sont particulièrement touchés par la crise, qui devrait induire, par exemple, une baisse de 50 % du budget formation des intermittents en 2020 en raison de la baisse d’activité. "Nous avons contracté avec l’ensemble des Direccte pour accompagner le déploiement du FNE formation, bien évidemment c’est une vraie bouffée d’oxygène pour nos secteurs", dit-il en précisant qu’en 15 jours près de 50 % des enveloppes est consommé.

AEF info, le 08/06/2020

"Nous avons dans la COM mis l’accent sur l’appui conseil aux petites entreprises. Nous observons une très forte demande sur l’accompagnement et les diagnostics RH, qui plus est qu’elle est portée par des Edec en cours", explique Thierry Teboul.

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AEF info : Avez-vous pu signer la COM (convention d'objectifs et de moyens) avec l’État avant le confinement ?

Thierry Teboul : Sur la COM, nous avions notre rendez-vous le 17 mars. Il a évidemment été reporté. Nous avons eu depuis une réunion de calage avec la DGEFP, nous n’avons pas encore reçu le document, mais il sera signé dans la foulée sur la base de ce que nous avons proposé, avec toutefois les mesures de prudence d’usage, car les éléments de fond que nous avions projetés vont être impactés par la crise du Covid. Nous avons notamment reçu des assurances sur le fait que seraient bien distinguées les dépenses qui permettent d’assurer le service de proximité, de celles qui sont liées à l’investissement, pour lesquelles nous pourrions ne pas être couverts, vu le caractère instable des fonds que nous aurons à gérer.

AEF info : Les champs d’activité dans les loisirs ou le sport par exemple sont particulièrement impactés par la crise. Comment cela a-t-il pu être pris en compte dans le cadre de la COM ?

Thierry Teboul : Nos champs sont extrêmement touchés par cette crise, comme tous les secteurs qui ont un rapport au public, ce qui est un des fondements de la cohérence de notre agrément. Nos adhérents vont avoir plus que jamais besoin d’un service de proximité, il ne faudra pas négliger la demande de conseils de la part de nos entreprises. Il y a beaucoup de TPE et PME, et elles ne sont pas nécessairement bien équipées au niveau des ressources humaines. Nous avions projeté des ouvertures de bureau à Bayonne, Nice, Brest, Tours, Ajaccio et Chambéry et nous sommes invités à poursuivre notre déploiement sur le service de proximité par la DGEFP. En revanche, nous étions sur un plan de recrutement d’une cinquantaine de salariés, nous allons raisonnablement procéder qu’à la moitié de ces embauches. Cette décision est liée au fait que notre estimation des fonds gérés nous oblige à la plus grande prudence.

AEF info : Quels sont les grands objectifs que vous avez définis dans le cadre de la COM ?

Thierry Teboul : Les objectifs que nous nous sommes fixés n’ont rien d’originaux, ils concernent notamment le développement de l’alternance dans une logique d’appui conseil, nous avons eu un avis plutôt favorable. Il faut distinguer le développement de l’alternance selon les secteurs d’activité. Dans les Télécoms, la politique alternance n’est pas fondamentalement remise en cause eu égard au besoin en compétences. Dans d’autres branches, c’est aussi un levier de développement comme pour les grands évènements à venir comme la coupe du monde de rugby 2023 ou les Jeux Olympiques à Paris. Dans ces secteurs, la crise ne vient pas remettre en cause l’objectif global de développement de l’alternance. Cela risque d’être plus compliqué dans les secteurs où l’alternance est une pratique nouvelle, notamment dans les PME et TPE pour lesquelles nous sommes très en attente du plan de relance de l’apprentissage du gouvernement. Les premières mesures du plan de relance vont plutôt dans le bon sens.

AEF info : Quels sont les objectifs chiffrés que vous avez proposés pour l’alternance ?

Thierry Teboul : Dans la COM, nous avons proposé une croissance de plus de 10 % par an pour les contrats d’apprentissage et de 5 % pour les contrats de professionnalisation pendant trois ans. Pourquoi cette différence ? Parce que nous pensons qu’il va y avoir une réorganisation des politiques d’alternance, sans forcément qu’un contrat ne se substitue à un autre d’ailleurs. Mais il y aura une autre répartition entre les deux familles de contrats. Probablement que chacun des contrats retrouvera sa vocation initiale, et du même coup sa raison d’être : d’un côté une fonction diplômante ou certifiante pour l’apprentissage dans la droite ligne de la formation initiale ; une ambition plus axée qualification pour les contrats de professionnalisation, plus en ligne avec les objectifs de la formation continue.

AEF info : Quels sont les autres objectifs chiffrés que vous avez proposés ?

Thierry Teboul : Nous avons dans la COM mis l’accent sur l’appui conseil aux petites entreprises. Nous observons une très forte demande sur l’accompagnement et les diagnostics RH, qui plus est qu’elle est portée par des Edec en cours. Nous nous sommes donc fixés des objectifs quantitatifs et qualitatifs sur les diagnostics RH, en travaillant la spécialisation de leur contenu (RSE, transition énergétique, digitalisation, QVT…). Nous projetons de doubler le nombre d’appuis conseils en 2020, nous l’avons déjà fait en 2019, pour arriver à 700 ou 800 prestations d’appuis conseil en 2022. Le troisième axe important de notre COM avec l’appui conseil et l’apprentissage, c’est l’accompagnement des branches vers les logiques de certification. Nous faisions face avant la crise sanitaire à une inflation des demandes d’accompagnement. Cette crise n’a pas altéré cette dynamique, et nous sommes très sollicités par les branches pour les accompagner dans les processus de certification.

AEF info : Comment avez-vous géré en interne la phase de confinement et de déconfinement ?

Thierry Teboul : Sur le confinement comme toutes les entreprises, nous avons fait face à une urgence le 17 mars au soir avec un confinement de tous les salariés de l’Afdas. Nous avons dû nous réorganiser pour assurer en télétravail des opérations par nature complexes. Notre métier pour sa partie administrative consiste à rapprocher des engagements et des réalisations, et ce n’est pas simple à mettre en œuvre en urgence et de manière non préparée. Nous avons néanmoins équipé 80 % de notre personnel en outils informatiques et de télécommunication pour permettre le télétravail, ce qui a permis de réaliser ce que je considère comme une performance : la continuité du service, mais comme dans beaucoup de secteurs de l’économie en mode forcément dégradé.

AEF info : Combien de prise en charge avez-vous pu assurer pendant la période de confinement ?

Thierry Teboul : Nous avons enregistré 24 000 demandes de prises en charge depuis le 1er janvier, dont 11 000 entre le 17 mars et le 15 mai, la période dite de confinement. Nous avons quand même à la louche près de 30 % d’engagements en moins par rapport à l’année dernière, mais nous avons assuré le service auprès des adhérents pour 70 % à distance, par mail, et avec toutes les limites et problèmes de réactivité inhérents à ces modes dégradés de communication. Nous avons continué aussi à régler les factures. Nous avons réglé 13 000 factures pour un montant de 28 millions d’euros sur la seule période de confinement. J’ai été surpris de la productivité des équipes à distance dans un contexte comme celui-là. Nous n’étions pas plus destinés que les autres entreprises à faire face sur un claquement de doigts à ce type de crise inédite. Nous aurions fait plus et mieux en y étant préparés. Mais j’estime que nous avons paré au plus pressé.

AEF info : Quelles étaient les attentes des adhérents vis-à-vis de l’Afdas dans ce contexte ?

Thierry Teboul : Pour une grande majorité de nos branches, l’activité était totalement à l’arrêt. C’est encore le cas dans tout le champ du sport, de la culture, du tourisme, des loisirs. Cela a été une crise totalement inédite dans l’après-guerre pour nos branches, sans même parler de l’annulation de tous les festivals et évènements sportifs. En ricochet cela a touché également les secteurs de la presse, de la publicité ou de l’audiovisuel. L’acuité de la crise a été en plus renforcée par le fait que nous n’avions pas d’échéance, notamment en termes de réouverture des lieux de production. Jusqu’à la dernière semaine de mai, nous ne savions pas par exemple quand les salles de cinéma allaient rouvrir. Et les activités de création étant empêchées, la réouverture de lieux de spectacle par exemple, quelle que soit la zone, ne permet pas une reprise immédiate de l’activité. Idem pour les sorties de film : une fois que les cinémas seront rouverts se posera la question de quelle programmation. Nous connaissions le caractère systémique de nos activités, ce qui fait notre cohérence de champ, mais quand un maillon faiblit, on voit bien que toute la chaîne est remise en cause.

AEF info : Comment cette situation impacte l’emploi et l’accès au développement des compétences des salariés des champs que vous couvrez ?

Thierry Teboul : L’impact est double : pour les salariés permanents, la plupart d’entre eux sont en chômage partiel. Pour ceux dont l’emploi est discontinu comme les intermittents, les journaliste-pigistes ou les saisonniers des loisirs et du tourisme, la situation a été et reste vraiment dramatique. Car leurs activités et leurs revenus, par exemple pendant les festivals ou une saison touristique qui sera tronquée, ne sont pas remplaçables ou différables. Et nous risquons qui plus est un effet ciseau pour ces salariés particuliers : ils auraient pu consacrer ce temps à se former plus dans cette période, mais avec des niveaux de contribution inférieurs à ce qu’ils auraient dû être, les budgets qui leur ouvrent des droits seront mécaniquement moins importants.

AEF info : Avez-vous pu évaluer les baisses des budgets formation à venir ?

Thierry Teboul : Nous avons pour l’instant estimé à 50 % la baisse du budget formation des intermittents du spectacle pour 2020, sachant qu’ils ne travaillent plus depuis le 17 mars et ne savent pas quand ils vont retravailler. Pour l’instant, nous pouvons maintenir les conditions de prise en charge car il y a moins de demande de formation, mais c’est très tendu et sous surveillance rapprochée. Même chose pour les artistes auteurs, professions non-salariées qui ont un niveau de protection plus faible et une précarité plus forte encore. Il y aura moins d’auteurs publiés ou moins d’artistes exposés cette année, et là aussi : pas de phénomènes de compensation ou de report. Ce n’est pas un décalage dans le temps mais une annulation pure et simple de l’activité. Et on observe le même phénomène dans les activités liées au tourisme.

AEF info : Comment dans ce contexte avez-vous investi le dispositif du FNE-formation ?

Thierry Teboul : Nous avons contracté avec l’ensemble des Direccte pour accompagner le déploiement du FNE-Formation, bien évidemment c’est une vraie bouffée d’oxygène pour nos secteurs. D’autant plus qu’ils sont en train de vivre de grandes mutations économiques. Si la formation s’arrête c’est la dynamique de création qui s’arrête. Car la formation ne permet pas de combler un vide, ce n’est pas sa vocation d’ailleurs, c’est aussi une vraie mesure de sauvegarde de l’appareil productif de nos champs dans la durée.

AEF info : Quel montant financier avez-vous pu obtenir dans ce cadre ?

Thierry Teboul : Nous sommes en phase de déploiement sur les subventions que nous avons obtenues. Nous ne devrions pas avoir de mal à les mobiliser. Par exemple en Île-de-France où nous avons obtenu 5 millions d’euros. Au niveau national, nous sommes sur une dotation comprise entre 7 et 8 millions d’euros. C’est un dispositif récent qui suppose d’identifier la formation, les salariés, en 15 jours nous avons presque engagé 50 % des budgets. Dans certaines régions, nous en sommes déjà à signer des avenants. Cela démontre que nous avons été réactifs. L’Afdas comme tous les Opco je crois, ont fait tous les efforts nécessaires pour simplifier les démarches tout en vérifiant la pertinence de la demande, ce qui est normal sur de tels engagements de fonds publics. Nous avons aussi un dialogue régulier avec les services de l’état.

AEF info : Demandez-vous également un rallongement de sa période de mise en œuvre ?

Thierry Teboul : Pour les champs de l’Afdas dans certaines régions, nous aurions peut-être moins besoin d’un rallongement du délai que d’une augmentation de l’allocation. Ce n’est pas forcément une question de réactivité mais d’anticipation de la reprise. Dans nos champs le recours à ce dispositif aura lieu tout au long du deuxième semestre. Il est fort probable que le plan d’urgence de la crise percute le plan de relance pour ces champs-là.

AEF info : Pouvez-vous développer ?

Thierry Teboul : Quand on annonce la réouverture des cinémas le 22 juin, la nouvelle urgence est de faire le pont entre la crise et la relance de l’activité, la question de l’accueil des publics va être cruciale, et il faudra donner des gages de sécurité sanitaire. Donc, il faudra accompagner les salariés dans leur façon de délivrer le service. Nous avions une expérience de crise récente avec la période qui a suivi les attentats du Bataclan. Le conseil d’administration de l’Afdas a mis l’accent la semaine dernière sur la nécessité de travailler en interbranches, pour aller plus vite et plus loin sur ces questions. En termes de collaboration interbranches, c’est certain que les cinémas, parcs de loisir et salles de spectacle sont par exemple intéressés par les initiatives de l’hôtellerie de plein air, qui a mis en place un Mooc pour permettre l’accueil du public en toute sécurité.

AEF info : Comment allez-vous favoriser ces synergies ?

Thierry Teboul : Le rôle de l’Opco, c’est de faire travailler les branches ensemble, nous en avons quarante-quatre. Plus les branches sont nombreuses, plus ce travail est stratégique et essentiel, notamment quand le rapport au public est en jeu. Le rôle de l’Opco est d’initier une démarche commune efficiente et optimale. Nous devrons nous poser la question de la collaboration des branches sur l’apprentissage à la rentrée pour ne pas interrompre une dynamique forte. Nous avions 5 % d’alternants en plus par an depuis cinq ans. Le sujet n’est pas seulement de sauver les CFA qu’il faut soutenir bien sûr. Car ils seront préservés et leurs compétences avec si les entreprises poursuivent leur investissement dans l’apprentissage. C’est un prérequis. Car la demande des jeunes, elle est là, et elle ne risque pas de se tarir à la rentrée.

AEF info : Que faut-il faire de plus ?

Thierry Teboul : Une grande partie de notre effort est donc porté sur le moyen d’accompagner les entreprises dans le maintien de leur politique d’apprentissage. Avant de sécuriser le parcours des apprentis, autre sujet majeur, il faudra permettre à une entreprise d’accueillir un apprenti sans que cela nuise à sa politique d’emploi par ailleurs. Notre rôle c’est d’essayer de favoriser une prise de hauteur, en portant le discours suivant : n’hypothéquons pas l’avenir, nous étions dans une dynamique de croissance, d’acculturation à ces dispositifs, il ne faut pas gâcher ces cinq dernières années par un retour en arrière, car l’apprentissage est un formidable réservoir de compétences. Et il faut porter ce discours ensemble, Opco, CFA et État. Notre proximité avec les branches et notre connaissance de leurs besoins y aidera.

AEF info : Pensez-vous que le déconfinement va être favorable à un déploiement de l’Afest ?

Thierry Teboul : Cela peut devenir un enjeu majeur quand l’activité va reprendre. Dans un certain nombre d’entreprises, la priorité ne sera peut-être pas d’envoyer ses salariés en formation. L’Afest est une vraie opportunité pour investir autrement la formation, comme la crise sanitaire l’a été pour les parcours en distanciel. À l’image du distanciel pendant cette crise du Covid, cela permettra de faire le tri entre une bonne Afest et une Afest dévoyée. La crise a rappelé que même à distance, un protocole pédagogique devait être respecté, et qu’il ne suffit pas, par exemple, de mettre des ressources en ligne pour que cela devienne un acte de formation. Nous le savions déjà, mais quand c’est développé à grande échelle, les mauvais caractères ressortent mieux.

La crise du Covid a déjà profondément modifié la représentation de la formation. Ceux qui étaient réticents se sont engagés dans le distanciel et comprennent que c’est possible. Ceux qui pensaient que tout était possible en distanciel réalisent aussi que cela peut être exigeant. Le curseur est sans doute quelque part au milieu, mais il fallait un temps comme celui-là, une "saillance situationnelle", pour clarifier ce faux débat entre présentiel et distanciel. Je pense qu’il en sera de même pour l’Afest : il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre, mais idéalement, il faudrait une expérimentation à grande échelle pour réellement apprécier son efficacité. Je vous avoue que je préfère que ce soit en période de reprise que de crise !

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"Dans la COM (Convention d'objectifs et de moyens), nous avons proposé une croissance de plus de 10 % par an pour les contrats d’apprentissage et de 5 % pour les contrats de professionnalisation pendant trois ans", déclare à AEF info Thierry Teboul, le DG de l’Afdas qui attend le document signé de la DGEFP. Ce dernier met également l’accent sur le conseil RH et l'appui des branches à la certification. Qu’il s’agisse de la culture, du sport ou encore du secteur des loisirs, les champs couverts par l’Afdas sont particulièrement touchés par la crise, qui devrait induire, par exemple, une baisse de 50 % du budget formation des intermittents en 2020 en raison de la baisse d’activité. "Nous avons contracté avec l’ensemble des Direccte pour accompagner le déploiement du FNE formation, bien évidemment c’est une vraie bouffée d’oxygène pour nos secteurs", dit-il en précisant qu’en 15 jours près de 50 % des enveloppes est consommé.