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Interview express

Thierry Teboul , Directeur Général de l'Afdas : «L’écosystème de la formation dans la culture va devoir quoi qu’il arrive s’adapter»

À l'heure où la pétition en ligne pour soutenir l'Afdas recueille près de 9000 signatures, les organisations professionnelles manifestent leurs vives inquiétudes sur l'impact du projet de loi «pour choisir son avenir professionnel». Quels sont les enjeux de cette réforme pour la formation des professionnels du secteur ?

Le calendrier de la réforme professionnelle s’est accéléré ces dernières semaines et a entraîné une mobilisation des syndicats et des organisations professionnelles. Sur quoi ces inquiétudes se sont-elles fondées ?
Elles sont fondées sur des incertitudes majeures : le calendrier prévoit notamment d’avancer au 1er janvier 2019 la création des nouveaux «opérateurs de compétences». Ce nouvel agrément remplacera celui d’OPCA et d’Opacif dont l’Afdas dispose depuis plus de 40 ans. L’inquiétude des pétitionnaires réside dans le fait que, si le champ de l’Afdas est extrêmement cohérent dans le champ de la culture, de la création et du divertissement, rien ne nous permet à ce jour de dire que ce nouvel agrément sera donné à l’Afdas, sachant que la volonté du gouvernement est de réduire le nombre d’opérateurs. Il en existe 20 actuellement. Il n’en resterait qu’entre 10 et 15 après la réforme. L’enjeu est donc fort, surtout pour des secteurs dont les conditions d’emploi dépendent directement de la formation, et dont les spécificités d’emploi, notamment l’intermittence, sont difficilement transposables chez un acteur qui n’est pas expert de ces sujets. Qu’il s’agisse de la compréhension des spécificités métiers, comme des types de formation adaptées.

Quelles sont concrètement les évolutions prévues pour l’Afdas à partir de 2019 ?
Il faut d’abord souhaiter que l’Afdas puisse continuer à délivrer son expertise après le 1er janvier dans le cadre mutualisé qui est le sien. La mutualisation des fonds et la solidarité professionnelle a grandement contribué à accompagner la professionnalisation du secteur, plus encore en regard des mutations économiques que celui-ci connaît ces dernières années. Le tout en permettant au plus grand nombre de se former. Ainsi, pour l’exemple, une récente étude a permis de montrer que plus de 50 000 intermittents ont eu accès à une formation au cours des 6 dernières années, soit quasi 50% de nos ayants-droit. Et dans le champ de la reconversion, qui pourrait être remis en cause si l’Afdas perdait définitivement la gestion du nouveau Compte personnel de formation (CPF) de transition comme le prévoit pour l’instant le projet de loi, c’est tout un pan de la gestion de carrières discontinues et parfois courtes qui pourrait disparaître ou perdre de son efficacité. Le congé individuel de formation (CIF) disparaît au 31 décembre pour être remplacer par ce CPF dit de transition. Il faut savoir que 93% des demandes de CIF étaient accordées à l’Afdas, en regard des problématiques spécifiques des métiers exercés. Là encore, les pétitionnaires s’inquiètent de voir disparaître ce dispositif aujourd’hui géré par l’Afdas, demain par un opérateur interprofessionnel si rien ne change dans la loi, tant il permet de sécuriser et de gérer efficacement les transitions professionnelles dans nos secteurs. D’où leur revendication : continuer à gérer le nouveau CPF de transition, dans le nouveau cadre légal bien sûr, avec le sens des responsabilités largement éprouvé depuis toutes ces années.

En quoi ces évolutions pourraient impacter la formation des professionnels de la culture ?
À l’évidence, le paysage de la formation devrait évoluer dans les prochains mois. En accentuant l’autonomie des salariés dans leur choix de formation, en renforçant le poids des formations dites certifiantes ou diplômantes, et en faisant du développement de la formation en alternance une priorité pour les futurs «opérateurs de compétences», l’écosystème de la formation dans la culture va devoir quoi qu’il arrive s’adapter. Idem pour les logiques de parcours et de capitalisation d’actions de formation. L’expérience montre que le champ de la culture a entrepris sa mue sur le sujet. Mais il reste du chemin à parcourir pour coller parfaitement aux nouveaux modes de financement de la formation. Tout l’écosystème est concerné : les entreprises dans leurs demandes de formation ; les individus dans la gestion de leur parcours professionnel ; les organismes de formation dans leur offre et leur format de formation. De ce point de vue, la responsabilité confiée aux branches dans la nouvelle loi, et à leur support technique que sera leur opérateur de compétences, devra permettre de construire un nouveau système de manière «éclairée», grâce à une observation plus pointue des emplois et des compétences. Sur ce dernier point, ce qui est rassurant, c’est que les branches de la culture, via leurs observatoires respectifs ont certainement un temps d’avance.

Source : LA LETTRE DE L’ENTREPRISE CULTURELLE / JUILLET-AOÛT 2018 / N°297 / 5