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[Tribune de News Tank ]

L’avenir de la formation professionnelle : Big Bang ou révolution de velours ?

L’heure est à la concertation sur l’avenir de la formation professionnelle : comment rendre le système plus fluide encore ? Comment organiser l’accès à la formation sans perdre 45 ans d’expertise développée autant dans le périmètre des branches que dans celui de l’interpro ? Quelle méthode choisir entre le Big Bang et une révolution de velours ? Bien sûr, les avis divergent, et bien malin qui pourra prédire l’issue de la réflexion. Tout juste pouvons-nous poser les enjeux, on s’en tiendra ici à trois d’entre eux, qui présideront à tous ces arbitrages. Après tout, si ces enjeux sont (bien) posés, les solutions s’imposeront d’elles-mêmes.

1er enjeu : les individus, acteurs de leur parcours professionnel

A l’évidence, sur ce sujet, et dans la cacophonie ambiante, il y a aujourd’hui une confusion entre la fin et les moyens. On entend ici et là plus parler de désintermédiation (le moyen) que d’autonomisation des acteurs (la fin). Quel est l’enjeu de cette problématique ? Pour une grande partie, il est de doter les individus d’un capital formation, comme il existe un capital économique, social et culturel, pour reprendre à bon compte la trilogie consacrée d’un sociologue bien connu. Autrement dit, il s’agit de faire en sorte que tout au long de la vie professionnelle, l’individu acquiert une intelligence de situation qui lui permette de faire face aux transitions professionnelles, qu’elles soient subies ou voulues.

Sur ce terrain, l’expérience de la dernière réforme est riche : CEP, CFP puis CPA ont créé les conditions d’une nouvelle dynamique en la matière. Bien sûr, il faudra simplifier et professionnaliser encore tout cela. Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain sans avoir procédé à un recensement des meilleures pratiques. Et les OPCA et les OPACIF, les fameux « intermédiaires », contribueront volontiers à une évaluation partagée des 3 dernières années à mettre en œuvre ces dispositifs en plein essor. A l’Afdas, le nombre de CPF engagé a été multiplié par 2,6, et 38% de ces CPF ont eu lieu hors temps de travail. Force est de constater que la dynamique est en marche.

2ème enjeu : l’égalité des chances devant la formation

Là encore, la rhétorique mérite sans doute d’être réinterrogée. Le financement de la formation n’irait pas à ceux qui en ont le plus besoin. Donc, les financeurs seraient responsables d’un type de chômage, celui dû à un déficit de compétences. La logique n’est pas dénuée de fondement : après tout, les demandeurs d’emploi d’aujourd’hui sont dans ce cas précis les salariés d’hier. Mais ce n’est pas en déresponsabilisant l’entreprise encore un peu plus que l’on sera à la hauteur de l’enjeu. Au contraire même, à trop « fiscaliser » la contribution formation, on passerait à côté de la logique de co-construction des parcours. Là encore, la Loi de 2014 a posé des jalons en la matière, pour éviter une dichotomie fatale entre les stratégies des salariés et celles des entreprises. Via notamment les nouvelles obligations vis-à-vis des IRP ou l’entretien professionnel. Le modèle a bien des imperfections. Certes. Notamment pour les TPE et les PME. Mais là encore, une évaluation participative de la période 2015-2017 mérite d’être approfondie.

3ème enjeu : des formations de qualité(s)

Parmi les procès fait au système actuel, celui de la pertinence des financements est en bonne place dans la longue liste des raisons qui président à une réforme inéluctable. L’exigence de qualité est effectivement une condition nécessaire à la mise en œuvre d’un parcours. Mais de quoi parle-on au juste quand on parle de « qualité » ? Des moyens mis en œuvre pour assurer le parcours ? Assurément ! Mais pas seulement. Il y a aussi un véritable enjeu autour de la mise en adéquation entre la formation, son contenu et sa forme, et la compétence ou le métier visé(e). Il suffit alors de se poser la question de qui est le mieux placé pour orchestrer tout cela. Sur les compétences transverses on pourrait être tenté de répondre : une autorité centralisée de contrôle de la qualité, neutre et objective. Mais quid pour les compétences métiers ? Seuls les professionnels sauront ou pourront apprécier la pertinence de l’offre, non ?

Pour toutes ces raisons, au regard de ces trois seuls enjeux, il est urgentissime de poser le débat dans les bons termes. Et cela commence par une évaluation partagée de ce qui a été fait jusqu’ici. Après, il s’agira juste de question de conventions, d’objectifs et de moyens. Avec ceux qui auront été rationnellement choisis pour conduire la révolution attendue!

Thierry Teboul, Directeur Général de l'Afdas